RAPPEL DES ÉPISODES PRÉCÉDENTS
Il y a 12 ans, deux chevelus - tout à fait dans le genre que certains
aujourd'hui aimeraient voir bien loin de l'Apple Expo - bien qu'il
faille quelque imagination pour en voir (à moins qu'il ne s'agisse
d'une forme de delirium tremens à l'usage exclusif des jeunes-loups-à-dents-longues-costume-trois-pièces
ayant lu et pratiqué un livre écrit pour eux et vantant
les bienfaits de la dope pour cadre agressif?), deux jeunes chevelus donc,
créaient en même temps: un produit, révolutionnaire;
une industrie, la plus performante; et une société qui allait
devenir une multinationale, tout cela donnant éventuellement du
travail à l'espèce considérée plus haut.
Quelques années plus tard, le 24 janvier 1984, l'un d'entre eux
- le visionnaire - lançait une autre machine, beaucoup plus révolutionnaire
encore: le Macintosh. Il est tout à fait certain que sans Steve
Jobs cette machine n'aurait jamais vu le jour.
Cependant, guère plus d'un an après, Steve Jobs était
démissionné de son poste à la tête de Apple.
Pourquoi et comment en était-on arrivé là?
Steve Jobs s'était attiré de solides inimitiés à
l'intérieur de Apple. Il est évident que quelqu'un d'excessif
et refusant toute concession ne peut plaire à tout le monde...
Une des raisons supplémentaires était cependant que la division
Apple II se sentait délaissée et mise à l'écart.
Certains se sont demandés d'où venait le coup bas. C'est
pourtant évident.
Il ne faut pas oublier qu'en 1985, il y avait une sorte de récession
économique. Peu importe la cause pour ce qui nous occupe. Dans
chaque société on recherche la plupart du temps un bouc
émissaire. Steve Jobs en faisait un excellent!
Le Macintosh se vendait moins bien que prévu puisque évidemment
tout se vendait moins bien... Quelqu'un a manœuvré (plus
ou moins, selon le point de vue) habilement en suggérant aux différents
investisseurs que tout était de la faute de Steve Jobs. Il ne faut
pas oublier que les "Venture Capitalists" (société
à capitaux à risque) étaient majoritaires chez Apple.
La même personne a avancé que tout l'argent frais, chez Apple,
provenait des ventes de l'Apple II et que c'était une folie de
tout miser sur le Macintosh. Les investisseurs dont le porte feuille était
entamé ont trouvé cette vision satisfaisante et ont donc
exercé - par personne interposée, en l'occurrence l'employé
n°1, qui allait faire la sale besogne aux yeux de tous - les pressions
nécessaires pour que parte le créateur d'Apple. Car, oui,
c'est bien lui le créateur d'Apple, ce n'est certainement pas Wozniak,
qui serait bien resté dans un garage à triturer des circuits
imprimés...
Dans la première mouture de cet article, nous prédisions
que cette personne, bien impliquée dans l'Apple II, allait connaître
quelque revers dès que la nouvelle machine de Steve Jobs montrerait
le bout de son nez. C'est aujourd'hui chose faite. La toute récente
réorganisation d'Apple nous l'a montré. Nous tairons son
nom bien évidemment car nous n'avons pas de preuves, juste des
soupçons guidés par la plus simple logique...
Cependant nous prédisions aussi que sa tête allait tomber
un peu plus tard. Nous tenons le pari. Il est facile, en effet d'imaginer
une conversation entre les investisseurs et cette personne le jour où
ceux-ci se rendront compte premièrement à quel point la
nouvelle machine de Steve Jobs est géniale, deuxièmement
qu'elle n'a pas été développée chez Apple
et troisièmement qu'ils ne toucheront rien dessus...
Comme défense la personne en question pourra arguer qu'elle est
à l'origine de l'inénarrable succès de l'Apple II
GS...
Donc vu d'assez loin la chose est amusante: on a vidé Jobs parce
qu'il voulait tout miser sur le Macintosh, en un mot parce qu'il avait
raison.

En septembre 1985 Steve Jobs a accordé une interview à
la revue Newsweek à l'occasion de la création de NeXT.
Nous gardions sous le coude ces quelques propos (après qu'ils
aient été retirés de la version 1.0 du nº3),
attendant l'opportunité de les passer...
Steve Jobs parle
sur l'identité de projets entre Apple et Steve Jobs:
«Apple est le
type même de la firme de la Silicon Valley telle que l'on se l'imagine.
Nous avons commencé dans un garage. Woz et moi avons grandi ensemble
dans la Silicon Valley. Notre modèle était Hewlett-Packard
(la compagnie d'électronique)...... Apple fut une très petite
compagnie pendant longtemps. Mais l'industrie a commencé à
se développer très vite dans les années 1979-1980.
L'équipe autour du Macintosh était ce que l'on appelle communément
de nos jours «intrapreneur ship» - seulement quelques années
avant que le terme soit connu! - un groupe de gens ayant l'esprit «garage»
mais dans une grande compagnie. C'était un noyau de 50 personnes,
qui en attira beaucoup d'autres qui en quelque sorte voulaient vraiment
travailler dans une petite compagnie. »
«Si je me regarde
et si je me pose la question, «En quoi suis-je le meilleur et quelle
est l'activité qui me procure le plus de plaisir ?», je pense
que ce en quoi je suis le meilleur c'est créer toute sorte de nouveaux
produits d'avant-garde. Et c'est aussi ce qui me procure le plus de plaisir.
Ça me plaît et je suis bien meilleur lorsque je travaille
avec une petite équipe de gens talentueux. C'est ce que j'ai fait
avec l'Apple II, et c'est ce que j'ai fait avec le Macintosh.
Pendant tout l'été, j'ai eu évidemment beaucoup de
temps pour penser à tout ça. Un jour j'ai écrit sur
un morceau de papier quelles étaient les choses qui m'importaient
le plus, celles dont j'étais le plus fier personnellement après
mes dix années à Apple. C'est évidemment la création
de l'Apple II et du Macintosh. Mais en dehors de ça, la chose qui
me tenait vraiment à cœur était d'aider à mettre
en place La Fondation Apple pour l'Education. Je suis parti avec cette
idée folle qui est devenue un programme appelé «Les
Kids Ne Peuvent Attendre», où nous avons essayé de
donner un computeur à chaque école en Amérique et
qui finalement s'est terminée en en donnant un à chaque
école en Californie, soit environ 10000 computeurs. Et si je mets
côte à côte ces deux choses: travailler avec de petites
équipes de gens talentueux pour créer des produits révolutionnaires
d'une part, et l'éducation d'autre part, je peux dire que c'est
de là qu'est partie l'idée de faire ce que je fais maintenant.»
sur l'arrivée de Sculley:
«J'étais
très heureux au début du Macintosh. Réellement, presque
jusqu'à la fin. Je ne pense pas que mon rôle dans la vie
soit de faire se développer de grosses organisations ni de faire
augmenter les bénéfices. Je pense que John Sculley ressentait
qu'après la réorganisation, il était important pour
moi de ne plus être à Apple, afin que lui puisse accomplir
ce qu'il désirait accomplir. Et alors il publia ce compte-rendu
public où il disait qu'il n'y avait pas de rôle pour moi,
là, à ce moment, ou même dans le futur, ou même
dans un futur prévisible. C'était sur le moment aussi peu
nuancé que cela est nécessaire pour faire avancer les choses.
Probablement un peu plus rude que nécessaire. Mais je respecte
son droit de prendre une telle décision.»
sur la décision du comité:
«Même
dans mon imagination la plus délirante, je n'avais jamais prévu
une fin aussi violente à tout cela. J'avais espéré
que ma vie deviendrait un intéressant canevas que je tisserais
à la fois à l'intérieur et hors d'Apple. Je pensais
que je serais là un certain temps et puis que peut-être j'irais
ailleurs faire d'autre choses mais en rapport avec Apple, et qu'ensuite
peut-être je reviendrais et resterais une autre période de
temps et puis repartirais à nouveau faire quelque chose d'autre...
Mais je ne pensais pas que ça se passerait de cette façon!
Ce furent dix années parmi les meilleures de ma vie et je ne regrette
pas grand chose.»
sur la cassure entre le fait d'entreprendre et celui d'être
en affaires:
«Personnellement
je veux construire des choses. J'ai 30 ans. et je ne suis pas prêt
d'être un ponte de l'industrie. J'ai eu trois offres cet été
pour être professeur et j'ai répondu à ces universités
que je ferais un piètre professeur. Ce que je sais le mieux faire
c'est découvrir des gens talentueux et faire des choses avec eux.
Je respecte la direction qu'Apple est en train de prendre, mais en ce
qui me concerne, je préfère faire avancer les choses. Et
s'il n'y a pas de place ici pour que je puisse le faire, je ferais ce
que j'ai déjà fait deux fois: je créerais ma propre
place. C'est ce que j'ai déjà fait dans un garage au démarrage
d'Apple et dans un garage métaphorique au démarrage du Mac.»
sur le désir de refaire un nouveau Apple:
«Oh, oui. Absolument.
J'ai contribué à faire sortir Apple de son garage jusqu'à
la faire devenir une compagnie d'un billion et demi de dollars. Et je
ne suis probablement pas la personne la mieux placée dans le monde
pour la guider jusqu'à cinq ou dix billions de dollars, ce qui,
je pense, est probablement sa destinée. Bien que le monde extérieur
apprécie le succès d'un point de vue quantitatif, mon système
de références est tout à fait différent. Mon
point de vue est: comment chaque computeur conçu à partir
de maintenant doit-il être pour être au moins aussi bon qu'un
Macintosh.»
sur la direction d'Apple:
«Si j'avais
pensé en 1983 que j'étais la personne qu'il fallait pour
diriger Apple, j'aurais postulé pour décrocher le poste,
ce que je n'ai pas fait. Aussi c'est en pleine connaissance de cause que
je suis allé chercher John Sculley.»
sur l'acte final:
«Si mon vote
avait été prépondérant, je n'aurais certainement
pas dit à Steve Jobs qu'il n'y avait pas de place pour lui à
Apple. Mais mon vote n'était qu'un vote. Alors...»
sur les divergences entre usage et marché:
«Ma philosophie
est que tout commence avec un grand produit. Je crois qu'il faut écouter
les utilisateurs, mais les utilisateurs ne vous apprendront rien sur la
percée technologique qui va se produire l'année prochaine
et qui révolutionnera toute l'industrie. Aussi il faut écouter
attentivement et ensuite aller de l'avant avec les gens qui comprennent
réellement la technologie. Prêter attention aux utilisateurs
tout en rêvant à la prochaine révolution technologique.
Et c'est ma perspective que tout commence avec un grand produit.»
sur son rôle et ses sentiments après la réorganisation:
«On m'a demandé
de quitter mon bureau. En fait ils ont prévenu ma secrétaire
qui m'a dit «Ils veulent que tu sois parti dans deux semaines».
Il m'ont laissé un petit immeuble situé de l'autre côté
de la rue par rapport à la plupart des autres immeubles Apple.
Nous l'avons surnommé «Sibérie». J'ai donc déménagé
de l'autre côté de la rue, et je me suis assuré que
tout le staff exécutif avait bien mon numéro de téléphone
personnel. Je savais que John l'avait, et j'ai appelé tous les
autres personnellement pour être tout à fait sûr qu'ils
l'avaient et leur dire que je désirais être utile d'une manière
quelconque et de m'appeler si je pouvais aider en quoi que ce soit. Et
tous ont eu une phrase cordiale mais aucun ne m'a ensuite appelé.»
«Et ainsi je
pris l'habitude de m'occuper de ce travail, je venais là et j'avais
un ou deux coups de téléphone à donner, un peu de
courrier à regarder. Mais... c'était en juin, juillet...
la plupart des rapports de management cessèrent de transiter par
mon bureau... Un petit nombre de gens pouvaient voir ma voiture sur le
parking et ils traversaient et venaient s'apitoyer. Je devenais complètement
déprimé et je rentrais à la maison au bout de trois-quatre
heures, réellement déprimé.J'ai fait ça quelques
fois et puis j'ai décidé que c'était mentalement
malsain. Aussi j'ai tout simplement arrêté d'y aller. Il
n'y avait là vraiment personne pour me regretter.»
sur un éventuel ressentiment pour lui avoir pris sa compagnie:
«Pour moi Apple
existe dans l'esprit des gens qui y travaillent et dans la philosophie
et le dessein avec lesquels ils vaquent à leur business. Aussi
si Apple devient juste un endroit où les computeurs sont considérés
comme des marchandises et d'où le rêve est parti, et où
les gens oublient que les computeurs sont la plus incroyable invention
que l'homme ait jamais faite, alors je sentirai que j'ai perdu Apple.
Mais si je suis à un million de km de là et que tous ces
gens éprouvent encore ce genre de choses et s'ils travaillent encore
afin de créer le prochain grand computeur personnel, alors je sentirai
que mes gènes sont toujours là-bas.»
sur le fait de voir qu'il n'aurait plus aucun rôle dans la recherche
et le développement:
«Le jour le
plus dur, l'un des cinq jours les plus difficiles, fut ce jour où
John dit lors d'une réunion d'analyses qu'il n'y aurait aucun rôle
pour moi dans le futur, et il le redit encore à d'autres réunions
d'analyse la semaine suivante. Il ne me l'a pas dit à moi directement,
il l'a dit à la presse. Ca vous est peut-être déjà
arrivé que quelqu'un vous donne un coup de poing dans l'estomac,
ça expulse l'air de vos poumons et vous ne pouvez plus respirer.
Si vous vous détendez vous pouvez recommencer à respirer.C'est
ainsi que je me suis senti tout au long de l'été. Il fallait
que j'essaie de me relaxer. C'était dur. J'ai fait de nombreuses
longues promenades dans les bois et je n'ai pas réellement parlé
avec beaucoup de gens.»
«Et graduellement
mes esprits me sont revenus petit à petit....»
«Et c'est à
partir de ce dîner (avec Paul Berg, biochimiste, inventeur de
techniques recombinatoires, ndt) que j'ai commencé à
réellement penser à tout cela et que je me suis remis en
route. J'étais réellement excité. Et pas à
l'idée de devenir riche. Je ne me soucie plus de devenir riche
à présent.»
comment s'est articulé sa nouvelle société:
«Une chose importante
à propos du groupe est que nous nous connaissons tous depuis quatre
ans. Et nous avons une immense confiance dans les possibilités
de chacun des autres et nous aimons véritablement bien. Et tous
ont le désir d'avoir une petite compagnie dont ils pourront influencer
la destinée et où ils auront plaisir à travailler.
Nous avons parlé de cette entreprise pour la première fois
moins de deux semaines avant que j'informe le comité que je voulais
créer cette compagnie. Et nous n'avons aucun projet d'affaires.
Nous n'avons rien fait. Vous pouvez toujours dire que nous sommes tous
fous. Nous avons une direction générale. Nous voulons découvrir
ce que désire l'éducation de haut niveau. Nous avons prévu
de visiter beaucoup d'universités en octobre et juste d'écouter.
Ensuite nous voulons construire pour eux, quoique ce soit.»
sur la contribution de Jobs à sa propre chute:
«Je suis sûr
qu'il y a eu des situations quand j'avais 25 ans que je maîtriserais
beaucoup mieux si j'avais la possibilité de les revivre, avec ce
que je sais maintenant. Et je suis sûr que je pourrais dire la même
chose lorsque j'aurais 35 ans à propos de la situation de 1985.»
«Je pense que
cette expérience m'a fait «grandir» et j'ai beaucoup
appris d'elle. Je ne sais pas encore très bien quoi ni comment,
mais je ressens ça ainsi. Mais je ne suis pas amer, non je ne suis
pas amer.»
sur un changement dans ses relations avec John Sculley:
«Etant donné
que j'ai parlé avec lui seulement trois fois depuis mai - ce qui
donne une idée du niveau de communication que nous avons eu - je
ne sais pas ce qu'il adviendra de mes relations avec John.»
sur son intérêt dans le bouddhisme, le végétarisme:
«Si nous en
arrivons aux -ismes... Je ne sais quoi dire. Je veux dire, je ne mange
pas de viande et je ne vais pas à l'église le dimanche.»
«Je me vois
comme un américain. Et le sort du monde est entre les mains de
l'Amérique à présent.»
sur la politique, la vie de famille:
«Il me reste
trop de cheveux pour faire de la politique.»
«Ce que je veux
faire plus que tout autre chose maintenant c'est me mettre au travail.»
sur les changements dans Silicon Valley:
«Sûr,
ça a changé. J'espère qu'on ne pense pas qu'Apple
est la jauge du succès. Silicon Valley attire encore un nombre
de talents impressionnant et je suis très excité par les
dix prochaines années. Le logiciel est ce qui distinguera les produits
dans dix ans. Et je pense que la technologie du logiciel n'a pas encore
réellement commencé.»

NeXT
Des chiffres - des faits
NeXT a été fondé en septembre 1985 avec 7 millions
de dollars de Steve Jobs.
Membres fondateurs:
Steve Jobs, Susan Kelly Barnes, George L. Crow, Dan'l Lewin, Richard A.
Page, Guy L. (Bud) Tribble
Nombre d'employés:
50
Directeurs:
Dr John P. Crecine, Ross Perot, Steven P. Jobs.
Président:
Steven P. Jobs
Le 2 févier 1987 investissement de 26 millions de dollars:
Ross Perot: 20 millions de dollars (ce qui l'amène à 16
% de NeXT)
Steve Jobs: 5 millions de dollars (ce qui l'amène à 63 %
de NeXT)
Carnegie Mellon University et Stanford University: 1,32 millions de dollars
représentant 1 % de NeXT, soit 1/2 % chacune.
Les employés se partagent les 20 % restant.
LES BASES DE LA SOCIÉTÉ NeXT
La société NeXT elle-même a été repensée
à partir de zéro. Des employés expérimentés
de chez Apple l'ont fondée avec Jobs. Ainsi l'organisation financière
a été entièrement automatisée par Susan Kelly
Barnes (précédemment responsable financière de la
division Macintosh chez Apple), ce qui permettra une croissance ultra
rapide, sans heurts et perte de contrôle.
Le procès de production, confié à Linda Wilkin a
été entièrement repensé, utilisant toutes
les techniques d'optimisation des coûts. "Notre méthode
sera un modèle pour l'industrie." dit-elle.
Il en est de même pour tous les aspects de l'entreprise NeXT. Steve
Jobs, avec son aura de créateur du Macintosh, a rassemblé
autour de lui la fine fleur des cerveaux de toute la planète, capable
d'utiliser toutes les technologies de pointe à bon escient. Le
résultat ne peut être qu'époustouflant car la renommée
de Steve Jobs avait déjà considérablement grandi
avec le Macintosh...
On remarque dans la composition du capital de NeXT la part donnée
au "venture capitalists": 0%! Comme quoi Steve Jobs a parfaitement
compris la leçon de son éviction de Apple. De plus, il est
largement majoritaire (60%)...
SUR LA MACHINE
Quelques spécifications sur la nouvelle ligne de machines que
présente NeXT. Tout cela étant bien sûr écrit
avant la présentation officielle du 12 octobre à laquelle
nous aurons l'honneur d'assister, les informations qui suivent sont le
fruit d'une recherche et d'estimations personnelles. NeXT a protégé
le développement de sa machine par un top secret absolu. Personne
parmi ceux qui ont vu la machine n'est autorisé à révéler
quoi que ce soit "sous peine de mort" (dixit Heidi Roizen présidente
de T/Maker). La seule déclaration officielle a eu lieu pour annoncer
l'adoption de Display PostcriptTM le 9 septembre 1987.
Nous parlerons à partir d'ici de "la machine" bien qu'il
semble que toute une gamme de produits doivent être dévoilés
à San Francisco.
La conception
Apple a fait un superbe cadeau à Steve Jobs en le chassant d'Apple,
c'est à dire en lui permettant de repartir à zéro.
Elle l'a libéré de la contrainte de compatibilité
avec le Macintosh! Celui-ci tout révolutionnaire qu'il était
à son lancement en 1984 traînait déjà avec
lui - comme une hérédité informatique - des restes
du passé: son système opératoire avait été
défini en Pascal qui était encore le langage dominant au
début des eighties et il souffrait de certaines nécessités
de compatibilité avec Lisa. Depuis le langage C a établi
sa domination sur le monde informatique. Aujourd'hui le langage de pointe
est le CObjet et c'est justement le langage choisi pour la machine de
NeXT.
Par ailleurs tous les aspects de la machine ont été pensé
à partir de zéro - en tenant bien évidemment compte
de l'expérience Macintosh pour en corriger les erreurs. En effet
de nombreux anciens de Macintosh se retrouvent comme par hasard dans l'équipe
qui a conçu la génération suivante. Le choix de la
meilleure technologie existant sur cette planète a été
d'office adopté. Cela a grandement été facilité
par la réputation qu'a donné à Steve Jobs le Macintosh
lui même. Au début des eighties - années de conception
de Macintosh - Steve Jobs et Apple étaient surtout connus localement
c'est à dire en Californie et aux Etats Unis. Et c'est donc de
là qu'étaient venus la plupart des concepteurs du Mac. Depuis
janvier 84, avec l'avènement du Macintosh, c'est mondialement que
les esprits d'avant garde ont pu apprécier les qualités
de novateur de Steve Jobs et il n'a eu qu'à se baisser pour ramasser
les merveilles technologiques qu'on lui amenait...
Des faits
L'apparence est celle d'un superbe cube noir. Steve Jobs n'a jamais aimé
les "trois pièces"! Pour l'esthétique faisons
lui confiance... Toute faute de goût est d'avance exclue. Comme
il n'aime pas le bruit non plus, nous pouvons nous attendre à une
très agréable surprise. Quelque magicien sera très
certainement passé à Palo Alto délivrer la merveille
des merveilles technologiques: un système de refroidissement silencieux!
Si le Macintosh était effectivement une révélation
(et une révolution) graphique en 1984, alors la machine de NeXT
ressort très certainement de la Science Fiction. Tous ceux qui
ont déjà eu la chance de la voir ont dit "j'en veux
une!". Cela ne vous rappelle-t-il rien? La machine aurait 5 ans d'avance
sur tout ce que les plus imaginatifs pouvaient espérer.
Données quantitatives
La machine existe en deux versions. Une coûte 5995$ et l'autre 9000$.
L'usine a été construite à Fremont, non loin donc
de celle du Macintosh!
Le modèle de bas de gamme contient un 68030 à 20 MHz, 1,25
Moctets de RAM Video, 2,75 Moctets de RAM, une puce à point flottant
Weitek, 4 slots et un disque dur de 60 mégas (ou 40). C'est le
cube noir dont une face contient un moniteur monochrome de 17 pouces et
d'une résolution de 1280 par 960 pixels.
L'autre modèle a un moniteur Sony couleur de 16 pouces à
écran plat! Même processeur, même RAM Video mais 6,75
megas de RAM, un disque dur de 180 mégas et 8 slots.
Le système de base est Unix 5.3 et le système d'affichage
est une variante de XWindow qui supporte Display PostcriptTM
pour le fenêtrage.
La technologie développée par Pixar et incorporée
ici donne un affichage extrêmement rapide! La vitesse du rafraîchissement
d'écran est spectaculaire. La technologie de fenêtrage est
la plus sophistiquée jamais vue.
Le système
La machine est bien évidemment multi-tâches. Le système
opératoire adopté n'a pas été développé
par NeXT sur place mais par un professeur de sciences informatiques de
l'Université de Carnegie Mellon, Richard Rashid.
MACH - tel est son nom (prononcez M.A.C.!) - intègre le concept
de communication dans l'aménagement de la mémoire. Plus
que d'un système opératoire de computeurs, il s'agit d'un
système opératoire de réseaux (N.O.S.: Network Operating
System). Les possibilités de mémoire virtuelle permettent
à un computeur local de contrôler une machine à distance
en référençant sa mémoire. La gestion de cette
mémoire virtuelle est séparée en portions dépendant
de la machine et en portions indépendantes, ce qui permet au système
de faire la différence entre les structures de mémoire physique
et celles de mémoire logique, ce qui permet une optimisation forcenée!
MACH est totalement compatible avec Unix Berkely 4.3.
Compatibilité aux processeurs parallèles intégrée.
MACH incorpore un concept appelé "threads" (fils - de
trame) qui le rend extrêmement adapté aux applications multi-tâches
ou parallèles. Les "fils" permettent la construction
de taches incluant la marche à suivre toutes exécutables
EN MEME TEMPS et partageant l'espace adressable, les descriptions de fichiers
et autres ressources. Le concept de "fils" est totalement étranger
à Unix et donne à MACH un énorme avantage au niveau
des performances avec les machines à multiprocesseurs et les réseaux.
Le procès de communication sous Unix a été grandement
amélioré car le serveur peut désormais opérer
de façon totalement transparente, sans avoir à recevoir
de spécifications préalables. Il n'y a pas de distinctions
entre les messages passés à un serveur et ceux passés
à un autre. Tout ce qui est envoyé à un port de sortie
est envoyé à tout le réseau.
La Machine est livrée avec le système de développement
C Objet inclus. De plus dans la ToolBox tout a été prévu
pour que soient portés très facilement les logiciels écrits
en C pour Macintosh - c'est à dire la plupart!
La ToolBox elle même sera beaucoup plus facile à utiliser
par les programmateurs que sur Macintosh. Il faut savoir que le système
de développement incorporé dans la machine est du même
type qu'HyperCard mais en beaucoup plus puissant! En délivrant
aussi largement HyperCard, Apple a sans le vouloir fait un excellent travail
d'initiation à NeXT.
Incidemment, à la conférence des développeurs de
logiciels du printemps dernier, Steve Jobs a déclaré que
HyperCard est tout juste bon à faire des maquettes - ce qui vous
donne une petite idée des puissances comparées...
Sont également inclues en ROM, en plus du copier-coller, les options
principales du Dektop Publishing telles que le kerning et l'habillage
de formes...
La machine est réellement multimédia. Le son n'est pas délivré
par un ridicule petit haut-parleur mais bien par deux enceintes HiFi Stereo!
L'animation est intégrée à la machine: technologie
licenciée à MacroMind pour VideoWorks.
Les employés de NeXT ont pu troquer les Macs (plus...) - qui jusqu'à
présent ornaient leurs bureaux contre des cubes noirs dès
le mois de juillet
Le graphisme: une part de la technologie de Pixar a été
intégrée.
Logiciels
Certains viendront intégrés avec la machine. La deuxième
vague sera constituée des best sellers du Macintosh portés
sur NeXT. La troisième vague elle sera constituée de ceux
réellement développés pour la machine.
NeXT Word - inclus avec la machine est une version de WriteNow
spécifique.
Mathematica est un nouveau type de logiciel également inclus.
Des programmes d'animation et de peinture ainsi que vidéo et son
écrits en C Objet version 4.0 basé sur le format Droid
Works développé chez Pixar.
Borland aurait un produit.
Aldus serait également présent avec PageMaker bien
que cela ait été démenti.
Blade - un produit de conversion d'image en objets - initialement
développé par T/Maker est inclus dans l'OS.
Les applications verticales de type business semblent prohibées
par NeXT...
Périphériques
On attend un appareil révolutionnaire intégrant Imprimante
laser, scanner et photocopieuse, ce qui semble quelque choses d'assez
logique: pourquoi acheter plusieurs fois le même moteur?
Un ou plusieurs modèles de drives DAT sont attendus comme périphériques
Distribution
Il semblerait que le réseau de diffusion soit quelque peu différent
de ce à quoi nous sommes habitués.
L'équipe vente et marketing de NeXT a été recrutée
presque entièrement dans les centres régionaux d'Apple.
Seuls les meilleurs ont été choisis...
A suivre...